Historique du nouveau cimetière de Luçon.
Des anciens cimetières au nouveau.

Du profane au sacré : La fréquentation des cimetières.
Jusqu’au XVIème, les cimetières paroissiaux sont des lieux où vivants et morts se côtoient. Aussi étonnant que cela nous paraisse aujourd’hui, ce sont en effet des lieux de passage et de réunions. Les animaux et les chariots de fourrage les traversent, les marchés et les assemblées paroissiales s’y tiennent.
Mais au XVIème, les évêques veulent donner une dimension sacrée au cimetière, en faire des lieux où l’on respecte la dernière demeure des fidèles Ainsi, les conciles de Bourges (1528) et de Bordeaux (1624), interdisent-ils les assemblées profanes, foire et marchés, dans les cimetières. Pour bien séparer le monde des morts et celui des vivants, ils en ordonnent ainsi la clôture. Cependant, les statuts synodaux du diocèse de Luçon en 1721 montrent que, cent ans plus tard, ces décisions ne sont pas toujours (ou encore) respectées. Tous les cimetières seront entièrement fermés de murailles ou au moins de haies vives, avec des portes ou des grilles aux entrées. « Nous y défendons d’y tenir les foires et marchés, d’y établir aucune marchandise, étendre et sécher du linge, si ce n’est celui de l’Église, de faire aucun chemin sinon pour aller à l’église ». Selon ces statuts également, il doit y avoir dans chaque cimetière un lieu non béni, pour les enfants décédés sans baptême. Enfin le cimetière Saint Mathurin, comporte un espace réservé aux sépultures des protestants.
Luçon a fait pourtant des efforts dès 1707 pour clôturer ses cimetières mais les travaux coûtent cher à la Communauté : il faut souvent combler les brèches des murs ou remplacer les grilles de bois par des grilles de fer en 1714 et 1743. Mais ces mesures sont encore insuffisantes. Ainsi, Monseigneur de Mercy, constate-t-il en 1778 qu’une porte du « petit cimetière » ne ferme pas et laisse entrer les animaux et que la clôture est à reprendre. « La partie du grand cimetière qui n’est pas bénie n’est point séparée de celle ou l’on inhume ». Il manque un pan important de clôture. Monseigneur de Mercy menaçant d’interdire l’usage du petit cimetière tant que les travaux ne seront pas faits et interdisant carrément celui du grand cimetière jusqu’à ce qu’il soit entièrement aux normes, les paroissiens s’exécutent. Il faut cependant attendre 1781 pour que les inhumations reprennent dans le grand cimetière.
Le nouveau cimetière
- Une acquisition difficile.
En 1782, la présence de ces cimetières pose problème à la municipalité. Trop vieux et proches des habitations, avec une terre meuble peu profonde et une pente générale vers le sud et la ville, ils sont en effet source de nuisance : les eaux pluviales stagnent, croupissent et répandent sur toute la ville des odeurs d’autant plus nauséabondes qu’elles proviennent pour la plupart de l’égoût des cimetières. La santé des habitants est menacée. L’évêque interdit par ailleurs l’utilisation du petit cimetière en arguant qu’il est trop proche de la ville. Le grand cimetière seul ne pouvant alors suffire, il devient nécessaire d’acquérir un nouveau terrain. Décision en est prise fin 1793.
Après avoir rejeté plusieurs propositions, (les terrains sont trop petits ou mal situés ou pas assez profonds, il faut au moins cinq pieds), la municipalité retient et occupe en 1794 la propriété du notaire Mariteau. Elle l’en avise ainsi : « Un arrêté de la commune a interdit l’ancienne sépulture et a indiqué pour la nouvelle le terrain que tu as en luzerne. Préviens les experts (…) pour l’estimation ». Las, le notaire n’est jamais satisfait des propositions qui lui sont faites et monte sans cesse les prix. Il refuse ainsi 1500 francs en 1801. En 1802, la préfecture perd patience et lui offre 1711 francs de son terrain. Mariteau est enfin d’accord, mais veut l’avis de son épouse qui, bien entendu, trouve cette indemnisation insuffisante. Mariteau se rétracte donc. En 1803 enfin, accord est trouvé sur la somme de 2000 francs.

Entrée principale
- Que deviennent alors les vieux cimetières ?
Depuis 1791, Luçon n’a plus de champ de foire, il a été en effet vendu comme bien national. La gêne ressentie par le commerce local, notamment des bestiaux, est importante. Les solutions de remplacement ne sont pas satisfaisantes et la municipalité décide donc d’utiliser les cimetières désaffectés comme champ de foire.
Pour ce faire, en 1796, les matériaux de l’église Saint Mathurin, en ruine, ainsi que les tombes appartenant à la nation sont vendues au profit de la nation. Les familles qui ont des sépultures sont tenues de les faire enlever au plus vite. Y ont-elles renoncé ? Quelle que soit la raison, on ne trouve pas dans le cimetière actuel de tombes antérieures qui auraient été transférées de l’ancien cimetière.
Ces deux champs de foire sont toujours opérationnels aujourd’hui.
- Un cimetière remarquable

Chapelles du cimetière de Luçon
Le cimetière actuel a été ouvert en avril 1794. En 1839, il compte 171 tombes et 110 têtes de fosses. Il connaît en 1842 et 1869 deux extensions qui doublent sa superficie et la portent à plus de deux hectares telle qu’on la connaît aujourd’hui. Son expansion est bloquée par la voie ferrée qui venait d’être construite.
Le système de concession est mis en place en 1844, établissant les concessions perpétuelles à 36f le m2, les concessions trentenaires à 18f et temporaires de 15 ans à 9f le m2.

Vue aérienne du cimetière de Luçon
En quoi le cimetière de Luçon se distingue-t-il des autres cimetières ? C’est l’un des plus beaux et importants cimetières de tout l’Ouest, tant sur le plan architectural que patrimonial. Son entrée principale, au sud, est fermée en 1930 par un portail monumental doté d’une grille en fer forgé « d’un style vigoureux, remarquable » selon Marie Thérèse Réau, conservateur en chef de la Région Pays de Loire. D’un rapide coup d’œil, on distingue les différentes périodes et façons dont les gens enterrent leurs morts. Témoins de la richesse de la ville au XIXème siècle en particulier, des enclos funéraires renferment des tombeaux familiaux et plus de cinquante chapelles funéraires sont construites par des familles aisées ou des personnalités luçonnaises. En vieux calcaire local, parfois signé du sculpteur ou de l’architecte, (deux noms reviennent fréquemment. Renaud et Ballereau), ces chapelles sont souvent en forme de temple romain, constituées d’une petite pièce avec un autel. Elles sont remarquables par leur nombre et par la diversité de leur décoration, allant du style le plus sobre au plus travaillé.
Enfin, au XXème siècle ont été ajoutés un carré militaire de 60 tombes de soldats morts pour la France, un colombarium et le jardin du souvenir au nord-est du cimetière.
Endroit de respect, de prière et de recueillement, un cimetière est aussi un livre d’histoire sur la ville et ses habitants. Celui de Luçon mérite qu’on le visite pour découvrir au fil des allées son passé, ses personnalités et ses richesses patrimoniales et architecturales. Nous vous invitons à une promenade, souvent émouvante, toujours instructive dans l’espace et dans le temps.
