Anciennes sépultures de Luçon (1)

Petite histoire des anciennes sépultures de Luçon

Recherches effectuées par Gilbert Robin à partir de travaux effectués par les “Amis du vieux Luçon”, du Docteur Williaume et de bien d’autres sources…

Introduction : 

« Qu’est-ce qu’une sépulture, sinon une séparation voulue des vivants et des morts ? Certes, il peut arriver que celle-ci soit absente, comme dans le cas des disparus en mer. Impossible ici de se séparer des morts puisque personne n’a constaté leur décès. Ce défaut de séparation est d’ailleurs parfois à l’origine de troubles pour les proches qui se trouvent dans l’incapacité de transformer le disparu en défunt. Mais justement, l’un des moyens consiste à faire ériger un monument ad honorem ou un cénotaphe, c’est-à-dire une tombe vide de restes, mais qui peut devenir, même temporairement, un lieu de mémoire ».

(« Aux origines des rites funéraires » Eric CRUBERY éd. Odile Jacob)

Les anciennes sépultures de Luçon :

Luçon sous l’ancien régime a aménagé des lieux de sépultures relativement nombreux : cimetières des paroisses, de l’hospice, de l’hôpital, des congrégations religieuses, etc. A partir de l’histoire et des emplacements différents de ces lieux de repos, nous pourrions presque retracer une partie de l’histoire locale.

Que sait-on de Luçon, au VIIè siècle, quand des moines bénédictins de Noirmoutier sont venus y implanter un cenobium (première communauté monastique) près du petit cours d’eau douce ? Quelques sépultures découvertes dans le transept sud de la cathédrale et datées de la même époque attestent de l’occupation du lieu.

Situation approximative de l’ancien cimetière des moines de Luçon.

Et dans « les cahiers des amis du vieux Luçon (1982)», la plume de M. Foucaud nous relate la découverte de plusieurs sarcophages entre la place du minage et la rue Victor Hugo. Voici une partie du texte extrait des cahiers : « Un jour de 1913 ce fut une curieuse surprise qui attendait, dans notre actuelle rue Victor Hugo, au numéro 5, les deux ouvriers affairés au bord de la chaussée, côté est, où une pompe devait être placée. En effet le puits découvert et de diamètre courant correspondant à ladite pompe, se trouvait exactement creusé entre deux sarcophages    parallèles. L’emplacement de cette pompe publique n’est plus visible actuellement ». (1)

Un peu plus loin on peut lire : « Extrait d’un journal du 24 août 1972.  L’entreprise Chassériau, creusant pour placer une fosse septique au café « les Trois Pigeons », sous le porche, le marteau pneumatique, à environ 2m de profondeur a heurté une masse de pierre…un sarcophage mesurant intérieurement environ 1m 85 de longueur, avec un emplacement taillé pour reposer la tête. (Logette céphalique). Dedans, les restes apparemment d’un homme, si l’on en juge par la taille des os. Un crâne, une partie de la mâchoire avec plusieurs molaires…selon l’histoire de Luçon et l’emplacement, il pourrait s’agir d’une sépulture mérovingienne. De toute façon cette tombe est fort ancienne et remonte aux années 600 ou 700. Malheureusement, à cause d’une paroi victime du marteau et d’un effritement dû à l’humidité de l’endroit il n’a pas été possible de récupérer le sarcophage qui semble avoir été taillé dans une pierre qui ne serait pas du pays ».

Vers la mi- avril 1978, lors des travaux d’aménagement du site de la nouvelle Caisse d’épargne, trois sarcophages au moins, dont deux en mauvais état, sont découverts à proximité de la rue Victor Hugo. Un ancien administrateur, maintenant décédé,  m’avait affirmé qu’il s’en trouvait un nombre assez important. Une sole en béton ayant été rapidement posée n’avait pas permis aux curieux que nous sommes de nous en apercevoir.

Un peu plus tard un autre était visible, simplement éraflé, encore à gauche de la tranchée, à environ 12 mètres du précédent, tandis que par la suite on en remarquait un autre, parallèle et à peu près au même niveau, dans cette rue des Trois Pigeons.

Un savant parisien consulté par M. Foucaud lui précise que les estimations du nombre de ces sépultures donnent toujours un nombre inférieur à la réalité. Le chiffre que propose M. Foucaud, de deux cents à quatre cents sarcophages, lui paraît très plausible.

Eglise Saint Philbert :

Il est un autre cimetière ancien et difficilement identifiable :  celui de la première église paroissiale.

Jean Brumaud de Beauregard (1749-1841), chanoine et vicaire général de Luçon, auteur du livre « Histoire des évêques de Luçon » (manuscrit aux archives de l’évêché) nous donne des précisions sur cette église ; d’abord destinée au service de l’abbaye elle est devenue plus tard la seule église paroissiale de Luçon.

« Cette église était située près de l’église cathédrale et s’étendait depuis les maisons situées sur la petite place qui règne près de l’église jusqu’au milieu de cette place qui, à raison de l’arrangement fait avec M. de Nivelle, relève de l’évêché. Elle était comprise dans l’espace qui se trouve entre la petite rue allant à la porte de l’évêché et la rue qui vient de l’ouest ou des Sables, de telle sorte qu’elle était placée entre l’église et la maison de la coupe, nom d’une très ancienne hôtellerie ». (2)

Quand on dit église paroissiale à cette époque on imagine naturellement le cimetière entourant, du moins partiellement, cette église (et même dans certains lieux il fallait traverser le cimetière pour accéder à l’église). Il n’est pas illogique de penser qu’il existe des tombes anciennes entre la place Richelieu et la place Sochet de Touches. Une transaction passée en l’hiver 1309 entre Dreu de Melo seigneur de Sainte Hermine et l’abbé de Luçon Pierre de la Voyrie fait mention du « cimetière près de la porte Saint Etienne (entrée par le transept nord)  près de la maison du barbier jusqu’à la grande porte de l’abbaye » indique bien la présence de sépultures en ce lieu.

Emplacement supposé de l’ancien cimetière de l’église Saint Philbert (derrière la porte) photo suivante

L’ancien cimetière ayant été remplacé par la cuve à mazout du chauffage de la cathédrale

Or il y a quelques dizaines d’années, 1965,  une entreprise luçonnaise était requise pour creuser un trou à l’extérieur du mur nord du chœur afin d’enterrer la cuve à mazout qui devait alimenter le chauffage de la cathédrale. « Un ouvrier de l’époque, aujourd’hui à la retraite, m’a assuré de la découverte dans ce trou de quelques sarcophages contenant des parties de squelettes et disposés dans tous les sens ».

Il n’y eut jamais de fouilles sérieuses qui auraient permis de mieux situer ce cimetière. Le cimetière paroissial de l’église Saint Philbert fut désaffecté et remplacé par le nouveau cimetière, déplacé autour de l’église Saint Mathurin (à l’endroit où se trouve actuellement le champ de foire).

L’église Saint Mathurin et le cimetière :

L’église Saint Philbert tombant en ruine le service divin est transféré en 1634 à Saint Mathurin qui n’était qu’une chapelle. L’arrentement du terrain de Saint Philbert (1640) sert à la construction du grand autel et au surhaussement de la tour clocher de Saint Mathurin. Cette église, marquée par son origine, est de petite dimension, mais suffit, avec les chapelles en ville, au besoin du culte. Elle est entourée par le cimetière dans lequel un espace était réservé aux protestants d’après l’ordonnance du trois janvier 1622 du lieutenant général de Fontenay le Comte. A l’intérieur de l’église, on relève les sépultures de Jacques Orceau chanoine (1610) de Charlotte Marchand de la Mullenière et de Marie Ageron veuve de Pierre Huguet. Ce cimetière est déjà saturé par les centaines de décès de la période révolutionnaire et les inhumations y sont interdites le 23 germinal an II. (12 avril 1794). L’église Saint Mathurin est vendue comme bien national sur estimation du 29 thermidor an IV (16 août 1796) et les deux cimetières sont réservés à la vente avec débat sur la propriété des tombes le 11 fructidor an IV. (3)

Situation de Saint Mathurin et de Sainte Ursule

C’est l’évêque constitutionnel, Rodrigue, qui, en 1791, ferme Saint Mathurin, d’ailleurs en mauvais état et ramène la paroisse à la cathédrale où elle se trouve toujours. L’église Saint Mathurin fut démolie en 1804.


Le site de Hôpital :

On trouve plusieurs références concernant des cimetières sur le site de l’hôpital. Le sujet mériterait encore d’être approfondi.

Un ancien cimetière désaffecté de l’hospice est mentionné sur un plan du début du 18è siècle (Plan Géométrique 1716 ) à l’angle de la rue de l’hôpital et de la rue du petit bourg neuf (aujourd’hui rue Alexis Vinçonneau), à proximité de la chapelle Sainte Madeleine de l’hôpital. On propose de le situer sur le plan de 1704 de Claude Masse.

Plan de 1704 Claude Masse

Un autre lieu de sépulture disparu figure sur un plan de l’hôpital daté de 1788.

« Topographie de la ville et de l’hôpital de Luçon en Bas-Poitou par M. BOUQUET, médecin de l’hôpital de cette ville ». (Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie. 1788 tome LXXIV).

Situation d’un cimetière dans l’enceinte de l’hôpital.

On appelle porte des morts la porte qui menait de l’église dans le cimetière ; dans certaines paroisses, les fossoyeurs n’entraient pas dans l’église et prenaient le corps en charge sur le seuil de la porte qui était ouverte à cet effet et uniquement à ce moment-là. La chapelle de l’hôpital comporte deux anciennes portes des morts, l’une au nord qui desservait le cimetière de l’hospice et l’autre au sud qui donnait vers le cimetière mentionné par la revue « journal de Médecine Chirurgie Pharmacie… 1788 tome LXXIV » par M. Bouquet, médecin de l’hôpital de cette ville. Si ces portes paraissent étroites, il faut prendre en compte que les corps n’étaient pas souvent placés dans des cercueils.

Chapelle de l’hôpital : La porte des morts (côté rue)

Chapelle de l’hôpital : La porte des morts (côté jardin)


Les Ursulines :

L’ancien cimetière des Ursulines, toujours visible mais désaffecté. L’utilisation en fut interdite par le maire en 1844. (Arrêté du 6-9-1844 du Maire) Situé dans le prolongement de la chapelle, il comporte encore quelques tombes. Trois sépultures de religieuses sont dans la chapelle, sous l’autel et à proximité.


Les propagandes (l’Union Chrétienne) avaient leur cimetière près du bâtiment réservé aux novices.

Les carmélites, qui occupent l’emplacement de l’Union Chrétienne ont leurs sépultures dans le cimetière communal sauf quatre fondatrices inhumées dans une petite salle sous la sacristie de la chapelle.

Les Capucins :  (3)

La première maison occupée par les Capucins lors de leur arrivée à Luçon est la maison de Beaurepaire ( rue du Docteur Choyeau). Ils l’habitent de 1619 à 1648.

Couvent des Capucins

La première pierre du couvent (qu’ils occupent ensuite)  est posée le 20 avril 1644. Le 12 mai 1663 les ossements des défunts qui avaient été inhumés dans l’ancienne chapelle (de Beaurepaire) furent déplacés dans la nouvelle. Il s’agit de deux Capucins de la province de Touraine et d’un séculier appelé communément le bonhomme Sauveur.

Convent des Capucins

Couvent des Capucins

Au moins 21 autres sépultures existaient dans la chapelle des Capucins ou à proximité immédiate. Il s’agissait de religieux et de quelques bienfaitrices et serviteurs.


Autres sépultures de Luçon :

Dans son petit fascicule intitulé A Luçon 1945-1950, Henri Barrès (autre passionné de l’histoire de Luçon) écrit : « Les filles de La Sagesse qui portaient secours à domicile comme le font aujourd’hui les sœurs de la Miséricorde et de plus, dirigeaient une filature demeuraient dans la maison du numéro 32 de la rue des Sables et y avaient leur chapelle ». Y avait-il des sépultures ??? 

Pierre Hyacinthe DUMAINE

Un autre lieu de sépulture qu’il ne faudrait surtout pas oublier c’est celui de Pierre Hyacinthe Dumaine bienfaiteur de la ville qui repose, accompagné de son père Jean Bernard Dumaine et de sa mère Marie Thérèse Baranger, devant une petite chapelle dans un enclos appartenant à la Ville, rue du moulin Garnier.

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