Sépultures du cloître et de la Cathédrale :
De nombreuses sépultures sont découvertes à la fois dans le cloître et dans la cathédrale.
- D’abord le cloître : Laissons la parole à M. Léon Ballereau architecte à Luçon
« C’était en 1847, l’architecte diocésain M. Boëswilwald avait commencé les travaux de restauration des cloîtres. Pour empêcher l’eau d’y pénétrer, il fit abaisser le préau (niveau du jardin) de plus d’un mètre et le mit au niveau des tombes en pierre qu’il recelait en grand nombre ».

Fouilles dans le cloître

Découverte de la Crosse :
Il y avait toute une étude à faire sur les tombeaux et sur leur mobilier funéraire mais cette étude ne fut entreprise par personne. Le travail se faisait à huis-clos et les ordres étaient sévères pour ne laisser donner aucun coup de pioche par d’autres mains que par celles des ouvriers.
« Un jour, cependant, au moment où le vide s’était fait dans les cloîtres (c’était l’heure du repas), je me hasardai à visiter le chantier. Je me promenai silencieux dans les quelques mètres carrés qu’on appelle préau, qui contrastent avec le quadrilatère d’arceaux et de nervures qui les entourent, parce qu’ils n’ont d’autre voûte que le ciel. J’allais et venais et me retournais en tous sens interrogeant les pierres et les fouillant du regard et du pied, faute de mieux. Je dis du pied car ce fut mon pied qui, écartant le couvercle brisé d’une auge en pierre calcaire, mit à nu un objet brillant qui piqua au suprême degré ma curiosité. A l’instant je me penchai sur cet objet ; j’achevai avec mes mains ce que mon pied n’avait qu’ébauché, et je retirai avec la plus grande précaution une crosse qui avait appartenu à l’un des abbés de l’antique monastère de Luçon. Je rentrai chez moi avec mon trésor et le plaçai en lieu sûr. Pendant plusieurs semaines, je le visitai tous les jours dans ses détails les plus minutieux. Le dessin que j’envoie en est la reproduction authentique.
Cet objet d’art est une crosse de la fin du douzième siècle ou du commencement du treizième ; elle est en cuivre doré enrichi d’émaux et se compose de la douille, du nœud et de la volute.
La douille est ornée de rinceaux en cuivre doré sur émail bleu azur. Trois reptiles fantastiques à la queue enroulée, aux écailles brillantes et aux yeux de saphir se précipitent en bas, comme pour échapper à un ennemi qui les poursuit. Ils ont toute la longueur de la douille qui est de huit centimètres.
Le bâton qui s’emboitait dans la douille n’existe plus il était en bois comme le prouvent les quelques fragments que j’y ai rencontrés.
Sur le nœud qui sépare la douille de la volute on voit, tant dans la partie supérieure que dans la partie inférieure, des dragons enlacés d’une exécution remarquable. Leurs yeux sont également en saphir.

Du centre du nœud sort un énorme serpent (aux yeux de saphir comme les précédents) dont les écailles émaillées d’azur sont pointillées d’or. Sur cette volute, c’est-à-dire sur la partie qui avoisine le cou du serpent, apparaît Saint Michel, armé comme nous le représente la légende. Il s’est élancé sur le serpent infernal qu’il écrase de ses deux pieds. De la main gauche il tient un bouclier pour sa défense et de la droite il enfonce sa lance dans le cou du reptile qui la mord pour se venger de sa blessure.
Comme je ne fis point mystère de ma découverte, l’architecte diocésain désira voir cette crosse, je me fis un plaisir de la lui faire passer. J’ai appris depuis qu’elle figurait au musée de Cluny.
A côté de la crosse, gisait un petit marteau en bronze dont la hauteur n’atteint pas quatre centimètres. Le manche du même métal lui est adhérent et s’y rattache par un nœud également fouillé par un artiste de la même époque. Un autre nœud divisait le manche en deux parties ; il existe seul aujourd’hui, la partie supérieure du manche a été cassée à ce second nœud et a disparu.
J’ai fait cadeau de ce marteau à mon honorable savant et ami M. le curé du Bernard ».

Suite à ces découvertes il s’ensuivit une correspondance entre les deux hommes dont voici quelques extraits : M. l’abbé Baudry curé du Bernard : « Le petit marteau en bronze dont vous avez enrichi ma collection en 1861, et qui est de la même époque que la crosse, proclame hautement que cet abbé était un abbé fondateur qui bâtit une partie au moins de l’église ou du monastère dont il avait la charge. Le mort emportait ordinairement avec lui les insignes de sa profession. Le marteau descendait dans le tombe du fondateur d’une église ; la crosse accompagnait l’abbé et l’évêque ; l’épée le guerrier, etc…
Le marteau est cassé au premier nœud. Mais souvent on brisait en signe de douleur, les objets qui faisaient cortège au mort dans sa dernière demeure.
Le nom de cet abbé est-il connu ? Les abbés de Luçon furent : en 1182, Guillaume ;en 1198, Evrard qui fut remplacé par Hugues vers 1219. Hé bien ! L’abbé fondateur doit être l’un de ces trois abbés ; mais j’incline, dit l’abbé Baudry, pour l’abbé Evrard qui eut l’honneur de porter la crosse pendant au moins vingt ans ».
Quant au petit marteau, la gestionnaire des collections archéologiques de la Vendée a regardé dans l’inventaire de l’Historial ainsi que dans celui du musée de La Roche sur Yon (qui détient également des collections Baudry) pour voir si ce marteau était dans les collections mais malheureusement il n’y en a aucune trace
2- Les sépultures de la cathédrale :
- Une petite crypte existe juste derrière l’autel de Goudji,

Dans la Revue du Bas-Poitou de 1908, 4e livraison (ADV85) il y a un article de M. Léon Ballereau sur la découverte d’une crypte dans le chœur de la cathédrale. «… mesurant intérieurement 2m.20 sur 3m.00. La hauteur, du sol au sommet de la voûte, est de 2m.25. Il s’agit d’un caveau voûté en ogive indépendant de celui des évêques de Luçon mais où, cependant, des inhumations ont été faites, puisqu’on y a trouvé des débris de cercueils pourris et des ossements.

| La crypte |

La hauteur du sol au sommet de la voûte est de 2m.25. Il s’agit d’un caveau voûté en ogive qui comporte un petit autel en pierre et deux emplacements de sépultures vides. On le date du XVè siècle.
Escalier de la crypte
« Mais la trouvaille la plus précieuse est celle d’un anneau en or, de forte dimension et d’un poids respectable, dont malheureusement la pierre s’est détachée ». Ce qui ne permet pas d’identifier son propriétaire.

2- Le caveau des évêques :
Ouverture du caveau après la révolution :

Suite aux dispositions prises par l’autorité préfectorale pour disposer dans un état convenable d’un caveau destiné à la sépulture de Mgr Soyer, M. Malot, architecte du département de la Vendée, s’est transporté sur les lieux et il a ordonné d’ouvrir le pavé du dallage du bas-côté gauche, en face de la grille qui donne entrée dans le sanctuaire et d’y pratiquer des fouilles.
Le pavé ayant été ouvert on a bientôt découvert un escalier souterrain, lequel ayant été déblayé et nettoyé, on a pu descendre et arriver à une porte en bois qui est tombée au premier choc et a laissé libre l’entrée du caveau que l’on cherchait.
M. l’architecte du département et M. Julien Ballereau, architecte à Luçon, pénétrèrent dans le caveau qu’ils trouvèrent en bon état de conservation, mais ayant remarqué dans l’intérieur des débris de cercueil et des ossements, ils firent appeler M. Menuet vicaire général et M. Baudouin archiprêtre de la cathédrale et en leur présence ils procédèrent à des perquisitions dans le caveau. Le résultat de ces recherches fut qu’un cercueil y avait été placé autrefois ; mais que le cercueil avait été ouvert et violé, puisqu’on voyait épars sur le sol des débris de cercueil, des ossements et des débris d’ornements sacerdotaux avec quelques morceaux de plomb fondu et des restes de charbon.
| Escalier descendant au caveau des évêques |

A midi des médecins se transportèrent au caveau et ils reconnurent que les ossements épars sur le sol appartenaient à un seul et même personnage, dont la taille était très ordinaire et que la perruque qui couvrait la tête annonçait l’époque de la fin du règne de Louis XV, et que d’après les indications qu’ils avaient eux-mêmes recueillies dans la ville, auprès de quelques vieillards, tout les portait à croire que ces restes appartenaient à Monseigneur Jacquemet Gaultier d’Ancyse, mort évêque de Luçon en 1775 et inhumé dans ce caveau.
Caveau des Evêques
Ce serait pendant la révolution que le caveau aurait été ouvert et le cercueil violé. Puis les restes de Mgr Gaultier d’Ancyse furent recueillis dans un cercueil en bois de chêne et déposés dans le caveau à gauche en entrant.

Plan du caveau des évêques

Une plaque de marbre scellée sur le mur nord du bas-côté du chœur comporte les noms et les dates d’épiscopat des évêques inhumés dans le caveau, on peut y lire :

Mgr Claude Jacquemet GAULTIER d’ANCYSE (1758 – 1775).
Mgr René François SOYER (1821 – 1845).
Mgr Jacques Marie Joseph BAILLES (1846 – 1856).
Mgr Clovis Nicolas CATTEAU (1877 – 1915).
Mgr Gustave Lazare GARNIER (1916 – 1940).
Mgr Antoine Marie CAZAUX (1941 – 1967).
Mgr Charles PATY (1967 – 1991).
3.Autres sépultures dans la Cathédrale :
Nous pensons qu’au cours des siècles l’église abbatiale puis cathédrale a dû abriter un nombre important de sépultures mais si on ne peut les situer avec précision on peut les énumérer :
Mgr Jean II Fleury (1431-1441) sous un arceau dressé le long du mur entre l’autel de Saint Jean Baptiste et la sacristie.
Mgr Ladislas du Fau (1514-1523) au milieu du chœur.
Mgr Milon d’Illier (1527-1552) au milieu du chœur.
Mgr René de Salla (1579-1584) dans le chœur.
Mgr Pierre Nivelle (1637-1660) dans le chœur du côté de l’évangile.
Mgr Henri de Barillon (1672-1699) seulement le cœur au premier pilier du chœur.
Mgr Jean François de Lescure (1699-1723) sous le marchepied du trône.
1700 Antoine Froment (caveau des doyens)
1533 Jean Maynard chanoine, devant l’autel Sainte Catherine
1536 Jean le Bon, chanoine, devant l’autel de l’Assomption.
Pierre Poy Bellaud, chanoine.
1569 René Lefebre ; doyen, près de la chapelle Sainte Catherine.
1595, Nicolas Bouton.
1648, Nicolas Nivelle, chanoine.
1701, Jacques Gaitte, chanoine.
1775, Henriette de la Rivière épouse de Loynes.
Bibliographie :
Histoire du monastère et des évêques de Luçon. La Fontenelle de Vaudoré.
Chroniques Luçonnaises. Henri Bourgeois
Archives départementales de la Vendée.
Archives municipales luçonnaises.
Luçon dans la guerre de Vendée. Raymond Williaume.
Aux origines des rites funéraires. Éric Crubézy
Les communautés religieuses enseignantes et missionnaires à Luçon aux XVIIème et XVIIIème siècles. André Duret.
Cahiers des amis du vieux Luçon
A LUÇON 1945 1950 H. Barrès
Notes :
- 1 Mr Foucaud : Personnage luçonnais, enseignant, collectionneur, passionné par l’histoire de Luçon, collaborateur régulier de la revue « Les Amis du vieux Luçon ».
- 2 Extraits du document et biographies, voir « Au fil du Lay » 2025 n° 85et ???
- 3 André Duret / Poitiers(1996) « Les communautés religieuses enseignantes et missionnaires à Luçon aux XVIIème -XVIIIème siècles ». AD85 BIB MEM 528-1-2
- 4 Claude Loisy : Personnalité luçonnaise, spécialiste de l’histoire de la paroisse.
