Par Antoine LOZE
Un public toujours fidèle a assisté le 9 mars à la conférence présentée par M. Antoine LOZE, membre de l’association « Luçon Patrimoine » et collectionneur d’armes anciennes. Elle portait sur « Nicolas Boutet, arquebusier ou artiste ? », un arquebusier étant autrefois l’équivalent d’un armurier actuel. Les propos de M. LOZE, s’appuyant sur la projection de nombreuses photos de pièces exceptionnelles, ont été concrétisés par la présentation d’une dizaine d’armes anciennes, avec explication de leur maniement, pour le plus grand intérêt des auditeurs présents.

I ) La manufacture Impériale d’Armes de Versailles (août 1793 – août 1818)
- En 1793, après la mort de Louis XVI, la Vendée se soulève et inflige de sévères défaites aux Bleus qui manquent d’équipement. En même temps, la guerre est aux frontières, les puissances étrangères coalisées (maison d’Autriche) menacent la toute jeune république. La Convention Nationale doit donc armer 750 000 hommes pour lutter à la fois en Vendée et sur le Rhin. Or les cinq manufactures d’armes existantes, dont Paris et Saint Etienne, sont incapables de fournir les armes nécessaires.
- Sur proposition de M. Pierre Benezech, qui en sera pour peu de temps le premier directeur, un atelier de réparation et de fabrication d’armes est créé à Versailles. Initialement installé dans l’aile du midi du palais de Versailles, il occupe ensuite le Grand Commun. Cet atelier changera de nom à plusieurs reprises pour devenir en 1804 la Manufacture Impériale d’Armes de Versailles.
- Nicolas Noël Boutet, né à Paris en 1761 dans une famille d’armuriers réputés (son père est armurier du roi Louis XVI), intègre très tôt l’armurerie royale dans un contexte de tradition artisanale exigeante. D’abord directeur technique, il remplace rapidement Pierre Benezech comme directeur général et va développer une manufacture atypique. Jusqu’en 1800 en effet, elle produit essentiellement des armes réglementaires standardisées, sous contrôle de l’état. En 1800, Boutet gagne son indépendance avec un bail de 18 ans et, au-delà de la fabrication des armes réglementaires, se spécialise dans la production d’armes de luxe.
II ) Les armes réglementaires

Ce sont des armes de guerre, armes blanches et à feu.
- Les armes blanches comportent le sabre « briquet » de troupe d’infanterie, le sabre des officiers, plus long, les sabres de cavalerie légère, à la lame courte et de cavalerie lourde, à lame droite, de plus d’un mètre de long et pesant 3 kg. C’est le sabre des cuirassiers et des dragons.
- Les armes à feu sont les armes d’épaule et les pistolets.
La carabine utilisée jusqu’alors était peu pratique. En 1793, Boutet l’améliore et sa mise au point dans des versions « infanterie » et « cavalerie » transforme l’atelier en manufacture. Les autres armes sont les fusils d’infanterie avec baïonnettes, les fusils de dragons, les mousquetons (hussards, grenadiers à cheval, garde du directoire, mamelouks de la garde Impériale), les pistolets de cavalerie (armes à silex, pistolets d’arçons, pistolets de ceintures de mamelouks) sont toujours fabriqués par deux.
- Boutet, comme arquebusier, améliore sensiblement l’armement (canon octogonal, surface bleuie, canon rayé du pistolet, modification de la crosse du pistolet en angle droit). 400 personnes sont employées à la manufacture.
III ) Les armes d’honneur et de récompense
Sous Napoléon Ier, la manufacture se spécialise dans la fabrication d’armes de luxe. C’est le côté « artiste » de Boutet.
- On retrouve les mêmes armes blanches et à feu ( fusils ou carabines et sabres briquets pour les fantassins, sabres et pistolets pour les officiers, sabres et mousquetons pour la cavalerie). Souvent offertes comme cadeaux diplomatiques, ce sont avant tout des récompenses militaires, remises au soldats distingués pour des actes de bravoure particulière. Des plaques incrustées rappellent le nom du récipiendaire et ses hauts faits. Les premières remises se font en Italie pendant la campagne de 1796-1797. Elles prendront fin en 1802 avec la création de la légion d’honneur.
- Boutet, qui sait s’entourer d’artisans et d’artistes confirmés (dessinateurs, doreurs, émailleurs etc.), va ainsi produire de véritable objets d’art. Son style allie à la maîtrise technique et à une qualité de fabrication exceptionnelle le raffinement esthétique et l’élégance du décor : noblesse des matériaux (incrustations d’acier bleui, d’or, de nacre, d’ivoire, monture en bois précieux comme l’ébène), proportions parfaites, souci du détail ornemental avec symbolique impériale militaire (aigles, faisceaux, couronnes de lauriers) et influence néo-classique (motifs empruntés à l’antiquité).
- A côte de la production d’armes pour l’État, la manufacture en fabrique pour le marché civil : pistolets de duel, pistolets de poche, d’auto-défense et surtout armes de chasse.

Conclusion
La manufacture est pillée deux fois, en 1814 et 1815. Boutet essaie de la relancer en 1830 mais il décède en 1833 dans un quasi dénuement. Cependant son œuvre lui survit : les armes signées « Boutet » sont toujours aussi célèbres et recherchées. Alors Boutet, arquebusier ou artiste ? M. LOZE répond avec humour en reprenant le titre d’une émission télévisée : « la réponse est sous vos yeux ».
Enfin comme toujours, après diverses questions, le public a terminé la soirée autour de verre de l’amitié tout en admirant les armes exposées par M. LOZE.
